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Bovins lait et viande : « Faut pas que les papiers brident l’installation ! »

Et vous, jeunes installé(e)s, comment avez-vous vécu votre parcours à l'installation et les formalités que vous avez eues à remplir ? N'hésitez pas à commenter cet article.

Ces jeunes éleveurs sont unanimes : « toutes les étapes, l’administratif, c’est lourd quand on s’installe ! » D’autant que le parcours est chargé en émotions : du stress, des doutes, des déceptions mais aussi la satisfaction et la fierté de ce qui a été réalisé, et de gérer sa propre entreprise. Sachant que les premiers temps ne sont pas toujours les plus difficiles…

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« S’installer en élevage bovin, un parcours du combattant. » Combien de fois l’a-t-on entendu ? Dimitri Leroux, 26 ans, installé depuis 2021 à Sion-les-Mines en Loire-Atlantique (vaches laitières, 69 ha, en bio) le répète pourtant. Il estime qu’il a commencé dès que le PAI (point accueil installation) a donné le calendrier des démarches à réaliser et des échéances à respecter. Les formations se sont enchaînées – « c’est bien mais ce sont des journées où on n’est pas au boulot, sur l’exploitation, il faut poser des jours de congé, aller à Nantes… – ainsi que les rendez-vous avec les banques, les centres de gestion, etc. « On court à droite, à gauche », illustre-t-il ajoutant : « Quand t’as envie, tu lâches pas, t’y vas. »

Il ne s’agit pas que d’élever des vaches…

« C’est lourd, faut suivre, confirme Adeline Tenin, 30 ans. Pas le choix cependant, il faut en passer par là ». Elle a rejoint en 2022 son conjoint, installé depuis 2018 sur la ferme familiale à Dehault dans la Sarthe (75 VL, 160 ha, 20 mères limousines, 35 taurillons par an, 1 salarié à mi-temps). Il a remplacé son père et elle sa belle-mère. « Il lui restait deux ans à faire, Guillaume m’a proposé de prendre sa suite, même si les premiers temps, être la belle-fille n’a pas toujours été évident, mais j’ai tenu bon. »

Le métier d’éleveur requiert des compétences de plus en plus diversifiées, « il ne s’agit pas que d’élever des vaches ! », lance celle qui a passé un bac agricole à 26 ans et s’occupe de la production laitière – « Guillaume voulait l’arrêter, j’ai dit « non, moi, j’adore » ». « L’administratif est le plus contraignant, reprend Arnaud Bousseau, 25 ans, associé du Gaec Baracouda depuis 2022, à Les Landes-Genusson en Vendée (1,5 Ml lait, 70 génisses, des porcs, des volailles et des cultures sur 235 ha, 4 UTH). Il ne faut pas que les papiers brident l’installation. »

« Un engagement sur une carrière »

« Assez complexe au niveau administratif en effet », juge également Clément Cottineau, 27 ans, qui a repris l’élevage allaitant familial à Moisdon-la-Rivière (Loire-Atlantique) après avoir été salarié sur une autre structure, travaillant sur l’exploitation familiale le soir, le week-end et pendant ses congés. Il faut au moins un an pour effectuer toutes les formalités. » « Nous nous engageons pour toute notre carrière, poursuit-il. Il y a des doutes, du stress, beaucoup d’émotions différentes. »

Des enjeux financiers, et parfois relationnels.

Paul Grenouilleau, devenu en janvier 2025 à seulement 22 ans associé au Gaec de La Verrie, sur la commune éponyme en Vendée (50 VL, 176 places de veaux de boucherie, volailles label, 4 UTH), a lui aussi douté, surtout du fait de son jeune âge, même s’il y était apprenti (bac pro, BTS, CS lait) pour acquérir de l’expérience n’étant pas du monde agricole. Car il considère l’installation en élevage bovin comme « un projet de carrière, pas de quelques années ». Arnaud l’envisage aussi comme « un engagement sur 50 ans, avec un enjeu financier mais aussi relationnel » quand on est en société.

Alors « il faut se sentir bien sur l’exploitation, se poser les bonnes questions et être suffisamment entouré ». Pour autant, il n’a jamais hésité. « J’adore ce métier. Depuis tout petit, je vois « ferme », je vis « ferme », partage-t-il. À peine sorti de l’école, j’étais en cote pour aider papa ». Le fait d’avoir été apprenti au sein du Gaec durant tout son cursus de formation (Capa, bac pro), puis salarié deux ans avant d’effectuer un stage de parrainage, l’a conforté dans son choix. De plus, le secteur bénéficie d’une bonne dynamique agricole, avec pas mal de jeunes installés confrontés aux mêmes problématiques. « On ne se sent pas isolé », met-il en avant.

« Une bonne dynamique agricole locale »

Emmanuel Bélanger, 35 ans, était lui aussi certain de son choix. Avec son ami Steven, avec lequel il a repris en Gaec en 2018 la ferme de son oncle (85-90 VL, près de 360 bêtes au total avec les bovins viande, 240 ha, 1 apprenti et 1 salarié, avant apprenti), à Cormes dans la Sarthe, « ils savaient dans quoi ils s’embarquaient ». « Nous étions bien accompagnés, nous n’avons jamais été démotivés. Globalement, ça s’est bien passé », relate-t-il. Emmanuel est resté huit ans salarié de son oncle. « Si je m’étais installé avec lui, au bout de 3-4 ans, je me serai retrouvé seul, j’ai préféré attendre », précise-t-il.

Le jeune éleveur pensait d’abord salarier Steven, mais « l’idée de s’associer a fait son chemin ». Un parrainage de six mois a cependant été mis en place entre les deux hommes. Là encore le dynamisme agricole local, avec de nombreux partenaires autour notamment des Cuma, et le bon potentiel des terres constituaient des avantages notables. « Ça bouge pas mal et pas qu’en agricole ! », appuie-t-il. Jérémy Lemaître, âgé de 25 ans, juge lui aussi que son parcours à l’installation s’est bien déroulé, et qu’il a été bien encadré par les conseillers installation et le centre de gestion, pour l’étude prévisionnelle en particulier.

Travailler son projet, avec des objectifs à 4 ans et à plus long terme.

« Travailler notre propre projet, avec des objectifs pour 4 ans minimum et à plus long terme, est très intéressant. Il est important de pouvoir dire comment on imagine les choses. » Après cinq ans de salariat au sein d’un Gaec (1,2 Ml de lait, 215 ha, 3 associés), il a repris en 2023 les parts sociales d’un associé désormais retraité. Clément et Arnaud insistent : mieux vaut « prendre le temps de réfléchir pour prendre suffisamment de recul et garder les pieds sur terre ». « Pendant deux-trois ans, j’ai beaucoup échangé avec mon père », argue Clément.

Car une fois installé, le premier jour sur l’élevage, si l’on ressent comme lui « de la joie et une certaine liberté – on se dit que ça y est, c’est parti, l’exploitation est à nous – », les hésitations et les craintes peuvent perdurer. « On entre dans la vraie vie de chef d’entreprise », acquiesce-t-il nuançant tout de suite : « Mais on sait pourquoi on travaille. » Pour Adeline, ancienne vendeuse en boulangerie puis employée à l’usine, même si elle savait que ces anciens boulots n’étaient pas pour elle, « basculer sur la ferme a été un choc ».

« On entre dans la vraie vie de chef d’entreprise »

Elle s’explique : « Nous sommes maintenant nos propres patrons, si nous nous plantons, nous nous plantons tout seuls. » En outre, « la structure n’est pas encore à nous, nous avons emprunté pour la reprendre ». De quoi « stresser », mais « nous le faisons pour nous ». « Les premières semaines ne sont pas les plus difficiles », concède Dimitri. Cela l’est davantage au bout de quelques mois quand « les premières facturent arrivent et qu’il faut les payer ».

« Le changement de vie se voit plus sur le long terme », constate-t-il. De même que lors de son parcours à l’installation, la première année d’activité de Clément a été remplie d’émotions, du bonheur mais également des déceptions. Il a aussi énormément travaillé. Or, en termes de travail comme financièrement, les résultats sont « positifs ». « Malgré quelques peurs, je suis content, confie-t-il. Il ne faut pas baisser les bras dès la première défaite. On ne s’en rend pas forcément compte mais il y a plein de petites choses qui font qu’on a quand même pas mal évolué en peu de temps. »

Les premières factures arrivent, faut les payer !

Dimitri est, lui aussi, satisfait de ce qu’il a accompli. « Quand j’ai quelque chose dans la tête, je fonce, résume-t-il. Je sentais que j’en étais capable. » « Il peut être fier car seul, ce n’est pas simple », renchérit sa compagne Tiffany qui a quitté son emploi pour s’associer avec lui, après une période d’observation de six mois. « Plus ça allait, plus j’étais impatiente. » À deux, la charge de travail sera allégée. Fier, le jeune homme l’est également de son métier.

C’est pourquoi il prend régulièrement des stagiaires, « pour les former et leur montrer qu’il ne faut pas avoir peur de s’installer ». Lui-même était en apprentissage pendant son BTS sur l’exploitation reprise, avant d’y être salarié pendant deux-trois ans, tout en ayant un projet d’installation à terme. « Cette ferme tournait, je la connaissais par cœur, les animaux, les types de terre, comment les travailler. En plus, il y avait une bonne dynamique agricole locale, avec pas mal de fermes sur la commune, ce qui favorise l’entraide entre agriculteurs. » Autant d’atouts qui l’ont convaincu. Arnaud éprouve lui aussi une certaine fierté « d’être installé, d’être patron ».

« J’apprécie ce rôle de décideur »

Jérémy a lui aussi toujours voulu devenir éleveur, « être son propre patron, gérer une entreprise ». « J’apprécie ce que je vis tous les jours, ce rôle de décideur, et l’environnement de travail, même si je n’ai qu’une année de recul. » Il a choisi de s’installer en société pour une organisation du travail plus facile et plus souple. En plus, cela permet de « diviser la charge mentale et de s’ouvrir socialement » en travaillant à plusieurs. Comme la plupart de ces jeunes installés en élevage, il souligne le dynamisme de la région au niveau agricole et social dans son ensemble.

Même chose pour Paul qui se sent bien dans ses bottes : « Je gère l’atelier lait, je prends mes décisions et peux organiser mon temps de travail comme je l’entends. » Il escompte en effet conserver des loisirs, voyager et continuer à pratiquer le tennis de table, avec deux entraînements par semaine et les compétitions le week-end. « C’est pris en compte sur l’exploitation, prévu dans le projet d’installation, pointe-t-il. « Le matin à 9 h, les tâches quotidiennes sont terminées. Le soir, à 19 h, nous sommes chez nous. »

Intégrer le temps pour soi au projet d’installation.

Ayant remplacé l’un des associés parti à la retraite, il a toujours été soutenu par les membres du Gaec et par sa famille. « Cela me rassure au quotidien. Les capitaux mobilisés, le mode de vie, les inquiètent bien sûr mais ils me laissent faire ce qu’il me plaît et sont derrière moi. » Aujourd’hui, Emmanuel se sent bien lui aussi, ayant également « réussi à trouver un équilibre entre vie professionnelle et personnelle ». Ses parents n’étaient pas agriculteurs mais il a toujours baigné dans ce milieu. « Bouchers, ils avaient une ferme et j’ai toujours aimé ça. »

Ce passionné de génétique normande, qui participe à des concours, est conscient des challenges encore à relever : « s’adapter au climat, et réfléchir à la dimension de l’outil de travail pour qu’il reste à taille humaine. » « Nous avons encore quelques projets mais après, on va essayer de conforter notre outil », indique-t-il. La « sensibilité au climat » est aussi ce que Jérémy craint le plus. Quant à l’installation en général, mieux vaut connaître des déconvenues, voire « des échecs que de regretter de ne pas avoir essayé », conclut-il.

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